Exposition temporaire / Galerie Germain Viatte 12 mai - 8 novembre 2026
PLUMES DU PARADIS
Voyages d'un oiseau extraordinaire de Nouvelle-Guinée

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Affiche publicitaire Air Niugini, Yamada Masami, 1976, Collection particulière, Paris ©AirNiugini |
Maître dans l'art de la parade, l'oiseau de paradis1, par l'éclat de ses plumages et l'extraordinaire inventivité de ses chorégraphies, fascine depuis les premiers siècles de notre ère, bien au-delà des forêts de Nouvelle-Guinée, son principal territoire d'origine.
En explorant le pouvoir d'émerveillement des oiseaux de paradis et les imaginaires qu'ils ont nourris, l'exposition retrace l'histoire de leur circulation et de leurs représentations dans les arts, de l'Océanie à l'Asie et à l'Occident, ainsi que dans les sciences naturelles occidentales.
Réunissant près de 210 œuvres - parures de plumes, peintures, spécimens naturalisés, pièces et accessoires de mode, objets d'art et ouvrages illustrés - le parcours croise les regards de l'histoire naturelle, de l'art, de la mode, de l'ethnologie et de l'écologie. Il met en lumière la manière dont ces oiseaux ont été mobilisés, admirés, représentés, étudiés au fil du temps.
Conçue en collaboration avec des scientifiques et des artistes de Nouvelle-Guinée, l'exposition présente également des créations contemporaines ancrées dans les savoirs et les réalités locaux et invite à repenser nos liens avec le vivant.

Private collection Spectandum
Prélude - Des oiseaux-artistes
Principalement présents en Nouvelle-Guinée et sur certaines îles voisines, avec quelques espèces dans les Moluques et le nord-est de l'Australie, les paradisiers (Paradisaeidae) évoluent dans un vaste foyer de biodiversité, riche en ressources nourricières et préservé de grands prédateurs, à l'exception des humains. Au fil de milliers d'années, ils ont développé un art du vivant fondé sur la couleur, le mouvement et la métamorphose, qui les place au sommet de l'histoire évolutive des oiseaux.En préambule du parcours, une immersion visuelle et sonore propose une première rencontre avec cet « oiseau-artiste » chorégraphe sans pareil au plumage chatoyant. Les 45 espèces que compte la famille des Paradisaeidae témoignent d'une remarquable diversité biologique et esthétique.
La première étape du parcours mène à la rencontre du paradisier dans sa terre d'origine, en Nouvelle-Guinée. La présentation de différentes parures corporelles témoigne des liens tissés entre oiseaux, sociétés papoues et leurs territoires, notamment à travers les réseaux d'échanges, les performances dansées et chantées, et les systèmes de valeurs associés aux plumes.
La diffusion audiovisuelle de ces performances dansées et des immersions sonores contextualise ces relations entre communautés humaines et non-humaines. Les récits locaux mettent notamment en avant l'identité singulière de l'oiseau de paradis, masculin et féminin à
la fois, et son lien à d'autres espèces emblématiques comme le casoar
Coiffe de danse. Papouasie-Nouvelle-Guinée, Milieu du 20e siècle ©musée du quai Branly- Jacques Chirac, photo Pauline Guyon
Makassar - Agra - Katmandu : les routes du paradis
Depuis plus de deux mille ans, les ressources naturelles de la Nouvelle-Guinée et des îles voisines suscitent l'intérêt de marchés lointains. Les premières routes commerciales, initiées dès le 5e siècle, relient l'ouest de la Nouvelle-Guinée
et l'archipel des Moluques (les « îles aux épices »), à Java, Bali, la Malaisie, la Chine, puis à l'Inde, l'Asie occidentale et la Méditerranée. Au cœur de ces circulations figurent les oiseaux de paradis. Devenus « oiseaux du monde », ils font parfois l'objet de confusions dans les imaginaires locaux en s'intégrant à des récits mythiques préexistants. Peaux, plumes, récits et images voyagent, se transforment, et participent à des usages multiples : marchandises précieuses, présents diplomatiques, insignes de souveraineté, curiosités savantes.

Carreau de revêtement décoré d'une scène représentant un cavalier tendant un fruit à un simurgh, oiseau fabuleux à longue queue appartenant à la mythologie persane.
Tehran, Iran, Vers1865-1888 ©muséeduquai Branly - Jacques Chirac, photo Claude Germain
Séville - Amsterdam - Prague : de Magellan à Wallace
C'est au début du 16e siècle que les premières peaux d'oiseaux de paradis parviennent en Europe, sans que la science ne puisse encore en expliquer la forme ni l'origine. Elles sont considérées comme des œuvres de Dieu, ou comme des naturalia ou des exotica de cabinet de curiosités. Leurs noms, descriptions
et premières représentations révèlent l'aura de mystère qui les entoure et déterminent durablement les premières classifications de ces espèces.
Les grands peintres des 16e et 17e siècles, comme Brueghel l'Ancien, Rubens ou Rembrandt, s'emparent du motif dans des allégories où se lit progressivement un glissement de l'imaginaire au réel, du fantasme à la science. Les sciences naturelles, par le biais des observations in situ qui se déploient en Nouvelle-
Guinée et en Asie du Sud-Est insulaire (notamment en Indonésie actuelle) à la fin du 18e siècle et au 19e siècle, structurent, grâce aux acteurs locaux et leurs savoirs experts, la connaissance, identifient les variétés des espèces et inspirent les arts décoratifs comme les Beaux-Arts
.
Garçon à la cape et au turban (Portrait du Prince Rupert, comte palatin),JanLievens,ca1631
©TheLeidenCollection,NewYork
Paris - Londres - New York : Au bonheur des dames
À la fin du 19e siècle, l'activité de plumasserie devient une véritable industrie de la mode féminine. Le goût pour les plumes d'espèces exotiques, qui s'inscrit dans la mouvance naturaliste de ce siècle d'exploration scientifique, se fait mode, à la fois irrésistible et insoutenable par son ampleur et ses extravagances. Le succès est immense, à l'excès, et provoque en retour la naissance, en Europe comme aux Etats-Unis, des premiers mouvements activistes, souvent féministes, de protection des espèces animales.
L'exposition éclaire ainsi la tension historique entre fascination pour les plumes, logique marchande et naissance d'une conscience protectrice à l'égard du vivant.

©PhilippePottier/InstitutPasteur
Nouvelle-Guinée : un oiseau emblème
De retour en Nouvelle-Guinée, l'exposition déploie la figure emblématique du paradisier - source d'inspiration pour nombre d'artistes jusqu'à aujourd'hui - à travers plusieurs œuvres et voix papoues contemporaines.
Le mouvement d'indépendance qui anime le Pacifique sud dans les années 1970 s'illustre notamment par la création d'emblèmes propres à chaque pays : le paradisier s'affiche ainsi sur le drapeau national du nouvel état de Papouasie-Nouvelle-Guinée créé en 1975. L'oiseau de paradis y est un emblème vivant : symbole national, motif artistique, marqueur d'identité et sujet d'engagement. Œuvres contemporaines, objets du quotidien, archives visuelles et témoignages filmés donnent la parole aux artistes, chercheurs et communautés papoues et
ancrent l'exposition dans une approche située, collaborative et résolument actuelle.
PNG Pisin Paradise, Simon Gende (né en 1969), Groupe Kuman, Province Simbu, Papouasie-Nouvelle-Guinée, 2010Acrylique sur toile, Collection particulière, Paris
Commissaires Magali Mélandri,
Responsable de l'unité patrimoniale Océanie - Insulinde du musée du quai Branly - Jacques Chirac
Stéphanie Xatart,
Historienne de l'art, commissaire indépendante
Autour de l'exposition Catalogue
224 pages, 39,90 €
Coédition musée du quai Branly - Jacques Chirac / Grand Palais Rmn
INFORMATIONS PRATIQUES
