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Découverte
En 1847, le missionnaire et naturaliste américain Thomas Savage découvrit le crâne et les os du gorille occidental. Savage trouva les restes de cette espèce jusqu'alors inconnue au cours de son travail missionnaire au Liberia et envoya le matériel à Boston. Là, il fut analysé et décrit par le naturaliste Jeffries Wyman, qui nomma l'espèce Troglodytes gorilla. En 1929, l'espèce fut rebaptisée Gorilla gorilla.
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Portrait du gorille avant restaurationEn 1863, seize ans après la découverte de l'espèce, une demande fut adressée au contre-amiral Octave Didelot par le Prince Napoléon, conseiller de l'empereur Napoléon III, afin d'acquérir un spécimen de gorille et de l'expédier à un docteur, Louis Auzoux. Un article du Petit Journal du 2 novembre 1863 relate cet événement :
«L'amiral Didelot, à la demande du comte de Rayneval, chambellan du Prince Napoléon, vient d'envoyer au docteur Auzoux un gorille mâle avec tous ses viscères, en provenance de la côte occidentale de l'Afrique. C'est, je crois, la première fois que l'on possède un gorille entier en Europe. Cet important spécimen permettra au docteur Auzoux de créer une reproduction plastique de cet animal encore peu étudié, et dont la composition reste largement à observer et à découvrir.»
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On savait alors peu de choses sur le gorille lorsque le spécimen capturé fut envoyé en France. L'article de journal raconte comment, lors d'une patrouille, un soldat africain de l'armée française fut capturé par un gorille. L'animal entraîna le soldat en haut d'un arbre et tenta de nourrir l'homme terrifié avec des bananes. Après un moment, le gorille se lassa et laissa partir le soldat, avant de vaquer à ses occupations. Le soldat survécut à la chute et fut transporté à un poste médical pour se rétablir.
À cette époque, le docteur Louis Jérôme Auzoux (1797-1880) était déjà une célébrité. Il devint célèbre grâce à ses modèles didactiques détaillés et réalistes d'hommes, d'animaux et de plantes. La légende raconte que le corps du gorille lui fut envoyé dans un tonneau de rhum. Auzoux disséqua le primate en public et utilisa le tissu musculaire, la structure squelettique, les os et les organes pour la première version de ce spectaculaire modèle anatomique en papier mâché, grandeur nature.
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Détails du bras avant restauration
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La principale innovation du docteur Auzoux, outre l'utilisation de sa recette secrète de papier mâché pour ses modèles anatomiques, fut l'idée de créer un modèle en pièces détachées afin qu'il puisse être démonté. Son premier modèle anatomique, celui d'un homme grandeur nature, était destiné à remplacer les dissections sur cadavres, rendant les leçons d'anatomie moins désagréables et moins dangereuses pour les étudiants en médecine.Le gorille, comme tous les modèles Auzoux du XIXe siècle, est fait de papier mâché. Chaque pièce est moulée, sculptée et fabriquée séparément. Les détails anatomiques les plus fins sont peints sur les surfaces lisses des pièces. Les artères principales sont constituées de fils métalliques enveloppés de fil de coton. Au cours du XXe siècle, la manufacture Auzoux commença à produire des modèles en plâtre et en matières plastiques.
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Le modèle comporte 104 pièces amovibles et 1193 détails anatomiques individuels. Ces détails sont indiqués par des étiquettes et des numéros. Les numéros renvoient à une liste figurant dans un livret d'accompagnement, le fameux Tableau Synoptique. Le gorille s'appuie de son bras droit sur une branche verticale et atteint une hauteur totale d'environ 220 cm. Sa pose se serait inspirée d'une gravure de Marie Firmin Bocourt, illustrateur zoologique réputé, datée de 1858.
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Pourquoi un modèle anatomique de gorille ?
En 1863, lorsqu'il reçut et disséqua le gorille, le nom de Louis Auzoux était déjà une marque établie. Ses modèles anatomiques étaient connus en France et à l'étranger. Les années précédentes, la manufacture Auzoux avait produit des modèles anatomiques à vocation essentiellement utilitaire, mais l'intérêt pour ce type particulier de visualisation didactique croissait.
On pense souvent que l'intérêt soudain pour l'anatomie du gorille, et la motivation du docteur Auzoux à créer son modèle, seraient liés à la publication de L'Origine des espèces de Charles Darwin (1859). Ce n'est pas le cas. Bien que la publication de l'ouvrage de Darwin ait fondamentalement changé notre compréhension de la biodiversité, ce n'est qu'avec la publication de La Filiation de l'homme en 1871 que la controverse suscitée par sa thèse centrale déclencha un débat public. Dans cet ouvrage fondateur, Darwin affirma pour la première fois que l'homme et le singe descendaient d'un ancêtre commun. La création du prototype de notre gorille et l'apparition des premiers modèles commercialisés vers 1869 relevaient donc d'une pure curiosité pour cette espèce nouvellement découverte. On ne peut y voir une contribution à une polémique qui n'avait pas encore commencé.
Le Siècle des Lumières fit de la quête du savoir une caractéristique majeure du développement humain. L'univers était perçu comme vaste, mais aussi rationnel, et grâce à une éducation adéquate, l'homme serait capable de répondre à toutes les questions et de résoudre tous les problèmes. Dans ce nouveau climat intellectuel, l'enseignement académique s'épanouit et des expéditions partirent étudier le monde au-delà de l'Europe. Ces expéditions avaient souvent une vocation descriptive et administrative, et des experts décrivaient la géographie, la géologie, les peuples, les ressources minérales et la nature des lieux visités. Ils collectaient des naturalia, des espèces exotiques, des roches, des minéraux et des artefacts culturels. En Europe, l'intérêt pour les objets venus d'outre-mer était vif, mêlant curiosité scientifique et goût pour l'exotique, le curieux et le spectaculaire. Lorsque Thomas Savage tomba par hasard sur une nouvelle espèce en Afrique de l'Ouest, celle-ci ne manqua pas d'attirer l'attention des gens cultivés. Il est donc compréhensible que Napoléon III ait ordonné qu'un spécimen soit envoyé au docteur Auzoux pour être disséqué et transformé en modèle anatomique.
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Comment le docteur Louis Auzoux devint-il fabricant de modèles didactiques anatomiques et botaniques ? En France, le Siècle des Lumières fut suivi par l'égalitarisme de la Révolution française. L'un des changements engendrés par ces mouvements fut la création d'un nouveau système éducatif. Ce système promouvait des salles de classe standardisées, propices à un environnement sain et productif, ainsi que des programmes uniformisés. La responsabilité de l'éducation ne fut plus un privilège de l'Église. Dès lors, les écoles devinrent accessibles à tous les niveaux de la société. Les modèles didactiques du docteur Auzoux arrivèrent au moment idéal pour ce nouveau système, où l'enseignement par la démonstration prenait une importance croissante. Mais la manufacture Auzoux n'était pas la seule de son genre.
Au XIXe siècle, d'autres fabricants se spécialisèrent dans les aides didactiques, comme la « machine à bébé » adaptée de Madame du Coudray, produite par la maison parisienne Établissements Mathieu. Angélique du Coudray (1712-1794) était une sage-femme qui, dans ce nouveau climat de réforme éducative, enseignait l'art des accouchements à l'aide d'un modèle. Dans le domaine botanique, les délicats modèles des fabricants allemands Robert Brendel (1821-1898) et Reinhold Brendel (1861-1921) acquirent une large renommée, en particulier dans le monde académique.
La fondation de facultés de médecine à travers la France entraîna une augmentation des cours d'anatomie. Les dissections faisaient partie intégrante et obligatoire de ces enseignements. Les techniques de réfrigération n'étant pas encore développées à grande échelle, la conservation des cadavres était soit rudimentaire, soit tributaire de la météo. La dissection était donc une pratique éprouvante. Les riverains des amphithéâtres d'anatomie se plaignaient de l'odeur pestilentielle. Les professeurs pratiquant les dissections et les étudiants qui les assistaient étaient constamment exposés au risque d'infection.
Avec l'augmentation du nombre de dissections apparut le besoin d'un substitut moins pénible. Plusieurs personnes se mirent à fabriquer des modèles anatomiques. La plupart de ces modèles étaient réalisés avec un grand talent artistique. Ils étaient faits de cire, comme les magnifiques modèles de l'Italien Fontane, ou de bois. Ces matériaux avaient l'inconvénient d'être soit fragiles, soit lourds. Surtout, ces modèles étaient d'un coût prohibitif. Au début du XIXe siècle, Jean-François Améline, jeune praticien en médecine, créa un modèle anatomique en papier mâché. Ce matériau était idéal car bon marché, léger et résistant. Ce fut une avancée majeure, mais son élève Louis Auzoux allait pousser l'idée encore plus loin. Il reprit l'idée du papier mâché d'Améline, mais construisit son modèle en pièces séparées. Les modèles créés par Auzoux pouvaient être démontés lors des leçons d'anatomie, imitant une dissection. Les pièces, aux surfaces peintes avec un souci de détail et de réalisme, pouvaient être étudiées et expliquées séparément. Ce fut la naissance du modèle clastique (du grec klao, qui signifie briser). L'un des premiers modèles réalisés par Auzoux fut un modèle anatomique grandeur nature d'un homme. Ce Grand Écorché marqua le début de sa carrière et de sa renommée.
L'idéal de croissance intellectuelle ouvrit la voie aux académies, y compris les écoles de médecine, pour améliorer leurs programmes et privilégier les démonstrations didactiques plutôt que la répétition d'un savoir traditionnel, souvent dépassé. Ce progrès fut une opportunité pour le docteur Auzoux. Un modèle anatomique grandeur nature de cheval démontra sa capacité à s'attaquer à des objets très complexes grâce à sa technique du papier mâché. Il souligna également son talent de marketing habile, la création du modèle de cheval coïncidant avec la formation d'académies militaires et d'écoles vétérinaires.
Les chevaux revêtaient une importance considérable au XIXe siècle, étant le moyen de transport le plus courant tant dans la société civile qu'au sein de l'armée. Cavalerie comme infanterie utilisaient des chevaux. Une bonne compréhension de l'anatomie équine était essentielle pour former les personnes responsables de leur santé et de leur bien-être. Après avoir réalisé un modèle complet du cheval, Auzoux créa également une série d'études détaillées de pièces anatomiques séparées, telles que la mandibule, les pattes et les sabots. Auzoux répondait ainsi à chaque spécialité. La modélisation du cheval fut un choix stratégique fondé sur son utilité pour la société.
À mesure que la collection s'agrandissait, de nombreuses autres espèces animales furent créées. Elles étaient présentées dans le catalogue de vente sous l'appellation d'anatomie comparée. Il s'agissait souvent de modèles d'organes ou de structures squelettiques d'animaux.Après le succès des modèles anatomiques, Auzoux appliqua son savoir-faire à la botanique. Les premiers modèles représentaient des espèces végétales importantes pour l'agriculture de l'époque, comme le blé, et pouvaient être utilisés dans les écoles agricoles. Ces modèles furent bientôt également introduits dans l'enseignement primaire et secondaire. -
Le cœur avant restauration
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Les pièces étaient reliées par un mécanisme complexe de fils de soutien et assemblées à l'aide de crochets et d'œillets. L'ordre dans lequel le corps pouvait être démonté était indiqué par des flèches et des numéros, tandis que de petites étiquettes identifiaient les pièces anatomiques par leur nom. La plupart des modèles étaient accompagnés d'un tableau synoptique identifiant toutes les pièces et contenant les instructions relatives à l'ordre de démontage du modèle. De la création d'une pièce unique jusqu'à l'assemblage final du produit fini, chaque étape mobilisait un travail manuel qualifié.
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Entrepreneur social
Avec l'établissement de sa manufacture, le docteur Auzoux avait créé une chaîne de production efficace, capable de produire en grandes quantités une série de modèles anatomiques et botaniques hautement détaillés et de grande qualité. Ces objets suscitaient l'intérêt d'un large marché, et après le succès initial de ses modèles d'hommes et de chevaux, la demande pour son travail ne cessa de croître. Pour soutenir cette remarquable manufacture de Saint-Aubin et ses ouvriers spécialisés, il était nécessaire d'accroître la notoriété publique en s'adressant à des personnes influentes.
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Doctor Louis Auzoux, 1797-1880
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Auzoux invitait des amis influents à rédiger des critiques élogieuses, vantant l'utilité de ses modèles. En 1833, Auzoux lui-même envoya une lettre à tous les préfets des départements français, soulignant l'importance de modèles anatomiques réalistes pour les leçons d'anatomie dans les institutions publiques, dans l'intérêt de la science et de l'humanité. Il demanda que sa proposition soit soumise au vote de l'assemblée générale. La lettre était accompagnée d'un rapport favorable de l'Académie de médecine.Le procès-verbal de l'assemblée générale du département de la Drôme, tenue le 27 août 1837, fait référence à la lettre d'Auzoux. L'article 19, consacré au modèle anatomique clastique, décrit comment un tel modèle pourrait servir de guide au praticien, au jeune anatomiste, ou d'aide pédagogique à un professeur de philosophie. Il mentionne également qu'Auzoux propose une alternative plus petite, au coût de seulement 1000 francs. L'assemblée conclut cependant qu'elle ne dispose pas des ressources financières nécessaires à un tel achat, et que l'utilité du modèle pour le département serait très limitée. Aucune suite ne fut donnée.
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Le visage du gorille avant restauration
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Restoration
Bien que sa forme et son intégrité soient restées intactes, la surface de notre gorille s'est détériorée avec le temps. Sous l'effet des conditions souvent peu optimales dans lesquelles le modèle a été conservé, l'enduit a cédé et les fines couches externes de papier, de colle et de peinture se sont effritées ou décollées. C'est un problème commun à de nombreux modèles Auzoux ayant survécu dans des greniers, des placards à balais et des garages. Outre sa surface endommagée, le modèle était également très sale. Il n'était pas irréparable, mais il était clair qu'il devait être restauré.
Au terme d'un processus minutieux ayant duré plusieurs mois, le gorille a été stabilisé, nettoyé, conservé et soigneusement restauré par la restauratrice parisienne Céline Poirier, titulaire du master Restaurateur et conservateur d'œuvres d'art de l'École de Condé. Elle est passionnément spécialisée dans les objets en papier du XIXe au XXIe siècle, en particulier les globes.
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Our gorilla is one of the five surviving models manufactured by the doctor Auzoux factory. It is dated 1889. The other gorillas are in the Muséum National de l’Histoire Naturelle in Paris, the Musée et Conservatoire d’Anatomie in Montpellier, the Museum Boerhaave in Leiden, and in a private collection in Haarlem. The model in Leiden is said to contain real bones. It is thought that these could be of the originally dissected gorilla.
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Après restauration, le gorille est nettoyé et stabilisé sans dissimuler les traces de son vécu
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Céline Poirier possède une vaste expérience de la restauration de modèles Auzoux, de manuscrits sur papier et d'œuvres de grands artistes tels que Picasso, Picabia, Sallusto et Hockney.
Au cours de la restauration, toutes les pièces ont été retirées, nettoyées et stabilisées. À l'aide d'un mélange de colle spécial, fidèle à la formule d'origine, la restauratrice a fixé toutes les parties de la surface effritées ou écaillées. Elle a également nettoyé les yeux et réparé les éléments métalliques structurels qui maintiennent le modèle assemblé. Chaque pièce et chaque détail ont fait l'objet d'un soin individuel.Après avoir entièrement démonté le modèle, consolidé et nettoyé chaque pièce individuelle, le gorille fut méticuleusement réassemblé. La restauration fut un succès. Le modèle est désormais préservé pour l'avenir, mais les traces de l'usure du temps ne sont pas dissimulées par une retouche complète de la peinture disparue. -
Bien que la manufacture Auzoux ait continué à fabriquer des modèles anatomiques et botaniques jusqu'au XXe siècle, sa direction décida de diversifier davantage son offre en produisant des planches murales anatomiques et d'autres matériels didactiques. Pour ses modèles, elle abandonna le papier mâché au profit du plâtre et des matières plastiques.Les exigences de l'éducation évoluèrent, les matériaux changèrent, et les anciens modèles anatomiques et botaniques furent progressivement supplantés par des objets d'enseignement plus modernes et moins coûteux. Nombre de ces modèles se détériorèrent dans des vitrines d'écoles, des greniers ou des placards à balais, ou furent simplement jetés. Certains survécurent à ces épisodes de nettoyage et se retrouvèrent en possession de collectionneurs publics et privés. Progressivement, les modèles anatomiques et botaniques de petite taille furent considérés comme des objets décoratifs conférant une touche de distinction académique à un intérieur.
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Les yeux limpides et le crâne propre du gorille après restauration
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Récemment, des objets historiques d'histoire naturelle, tels que les modèles anatomiques et botaniques, les illustrations botaniques, les fossiles, et la taxidermie factice, détournée ou véritable, ont connu un renouveau dans la haute culture, suivi de près par la culture populaire. Cette résurgence est complexe et multiforme. Le retour de l'histoire naturelle dans les galeries d'art et les musées est également lié à une fascination renouvelée pour la mort. Cette fascination s'est manifestée à travers la popularité des sous-cultures gothique et emo, ainsi que l'adoption, plus diffuse, du steampunk par un très large public.Le renouveau de la taxidermie s'accompagne d'un regain de popularité de la photographie victorienne, en particulier des ambrotypes, encore largement disponibles. Non seulement ils possèdent un charme gothique indéniable, mais ils datent également de l'époque même, permettant ainsi aux collectionneurs modernes de se procurer quelque chose d'authentique et d'abordable. Pour l'amateur du XIXe siècle et du macabre, une valeur ajoutée réside dans l'existence de photographies post-mortem de cette époque. Ce n'est pas au goût de tous, mais cela séduit un cercle croissant d'amateurs qui ont également adopté la taxidermie comme langage culturel et artistique pour exprimer d'anciennes idées avec de nouveaux signes et symboles.Notre gorille possède un statut différent. Il n'est pas naturalisé, il n'est pas créé en infusant les tissus de plastiline, comme les cadavres mis en scène du Dr Günther Hagen ; il est entièrement artificiel. Le gorille ne prétend pas être davantage qu'un outil didactique. Mais il est devenu bien plus que cela, car il est un témoin silencieux d'une époque où les dernières grandes pièces du puzzle du monde furent découvertes, tandis que la complexité vertigineuse de la vie était saisie par la première théorie globale.Ce gorille a traversé de nombreuses époques et, en tant que témoin du passé, a pris de nouvelles significations : symbole non seulement de la science de la découverte, mais aussi d'une espèce menacée d'extinction, les habitats où elle prospérait au moment de sa découverte disparaissant rapidement. En ce sens, il s'agit d'une vanité parfaitement moderne.
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Dominique Yee, « Troglodytes gorilla », 2012, huile sur toile, 120 x 120 cm
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Du site Chambre 237 – La vie marine en verre de Steffen Dam
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Sources
Baroux C., et al., Prodiges de la nature, les créations du docteur Auzoux (1797-1880). Collections de l'Université de Montpellier. DRAC Occitanie CRMH, 2017.Deguerce, C., Corps de papier. L'anatomie en papier mâché du docteur Auzoux. Éditions de la Martinière, 2012.Grob, B. (dir.), Papieren anatomie. De wonderschone papier-maché modellen van dokter Auzoux. Walburg Pers, 2008.Jones, W.T., A History of Western Philosophy. Kant and the Nineteenth Century. Harcourt Brace Jovanovich, 1975.Lessus, Y., Le Muséum National d'Histoire naturelle. Gallimard, 1995.Percheron, B., Nouveaux cabinets de curiosités. De l'anatomie clastique Auzoux à la décoration contemporaine. Rouen, s.d.Vidéo sur la restauration du gorille, réalisée par Céline Poirier (25 min.)







